Réforme des aides à l’emploi : quels impacts pour vos recrutements ?
Écrit par Elvis MIHALOWITCH
26.03.2026
À partir du 1er juillet 2026, la Wallonie réforme en profondeur les aides à l’embauche. Plusieurs dispositifs existants seront supprimés au profit d’un incitant unique, versé directement à l’employeur. Concrètement, cela signifie que les entreprises devront adapter leurs pratiques de recrutement et leurs réflexes en matière d’aides à l’emploi. Objectif : simplifier le paysage des aides, mieux cibler les chercheurs d’emploi les plus éloignés du marché du travail et rendre le dispositif plus lisible pour les entreprises.
Les dispositifs actuels Impulsion (-25 ans, 12 mois+ et 55 ans+), Tremplin 24 mois+, SESAM et SINE seront progressivement supprimés : aucune nouvelle demande ne pourra être introduite après le 1er juillet 2026.
Un incitant unique
Demain, l’employeur devra se poser 3 questions :
- Le candidat est-il inscrit au FOREm depuis 4, 12 ou 24 mois ?
- A-t-il moins de 25 ans, plus de 57 ans, ou un faible niveau de qualification ?
- Suis-je en mesure de proposer au moins 3 mois d’occupation à minimum mi-temps ?
La principale (r)évolution de cette réforme est l’introduction de l’incitant unique.
Il s’agira d’un montant unique de 1.000 euros par mois par travailleur à temps plein (+200€ pour les PME de moins de 20 ETP) versé directement à l’employeur. En cas de temps partiel, le montant est proratisé en fonction des prestations effectives du travailleur.
La durée de l’aide – pouvant aller de 12 à 36 mois – dépendra principalement de l’âge, de la durée d’inscription au FOREm et du niveau de diplôme du chercheur d’emploi. Le travailleur engagé devra résider en Wallonie et l’entreprise devra y disposer d’une unité d’établissement pour pouvoir bénéficier de cette aide.
| Inscription au Forem | Age / Niveau de diplôme | Durée de l’aide |
|---|---|---|
| Minimum 4 mois | <25 ans ou 57+ / Max. CESS | 12 mois |
| <25 ans ou 57+ / Max. CESI | 24 mois | |
| Minimum 12 mois | Tous âges / Tous diplômes | 12 mois |
| 57+ / Tous diplômes Tous âges / Max. CESI | 24 mois | |
| Minimum 24 mois (ou handicap professionnel reconnu) | Tous âges / Tous diplômes | 24 mois |
| 57+ / Tous diplômes Tous âges / Max. CESI | 36 mois |
Ce que cela change concrètement pour l’employeur
Le nouveau système se veut plus simple à activer. L’employeur devra introduire sa demande via la plateforme numérique du FOREM. Le FOREM accuse réception dans les 48 heures et notifie l’ouverture du droit dans un délai maximal de 10 jours, avec l’ambition, dans la majorité des cas, d’un traitement beaucoup plus rapide.
Autre évolution importante : la liquidation de l’aide reposera sur les données ONSS/DMFA. Concrètement, cela réduit fortement les démarches administratives
- plus de déclaration de prestations par l’entreprise
- calcul automatique sur base des prestations déclarées
- versement trimestriel
- contrôles a posteriori en cas d’irrégularité
Quelles conditions pour ouvrir le droit ?
L’incitant sera accessible dès lors que l’employeur s’engage à occuper le travailleur pendant au moins 3 mois successifs, à minimum mi-temps. Cette logique vise à soutenir des mises à l’emploi réelles, quel que soit le type de contrat proposé (CDI, CDD ≥3 mois, saisonnier ou intérim), dès lors qu’elles offrent une occupation suffisante sur la durée minimale requise.
Recommandations
Pour les entreprises wallonnes, le bon réflexe est de se préparer dès à présent à travailler via l’Espace Entreprise du FOREM. La réforme repose en effet sur une logique plus digitalisée, plus rapide, et davantage centrée sur la vérification en amont de l’éligibilité du candidat.
Zoom AKT
La limitation dans le temps du droit aux allocations de chômage décidée au niveau fédéral modifie en profondeur le cadre du marché du travail.
Elle crée de nouvelles exigences pour les acteurs de l’accompagnement et suppose que les entreprises puissent disposer de leviers effectifs pour intégrer durablement des personnes dont le parcours vers l’emploi est plus complexe.
Dans ce contexte, et avec une volonté de maîtrise des dépenses publiques, cette réforme vise à simplifier et à rendre plus efficace l’aide à l’emploi.
Elle poursuit un double objectif :
- augmenter le taux d’emploi wallon (68,4% au 2e trimestre 2025, avec un objectif de 80% d’ici 2030)
- réduire le chômage structurel (49% des chercheurs d’emploi wallons sont au chômage depuis plus de 2 ans)
Pour AKT, le Gouvernement wallon a fait un choix politique clair dans un contexte d’économies budgétaires importantes où le risque de subir une forte réduction des budgets d’aides à l’emploi vers le secteur privé était important : parier sur la confiance envers les entreprises pour relancer l’emploi en Wallonie. Dans un contexte budgétaire contraint, ce choix était loin d’être évident.
AKT estime que la réforme constitue un compromis difficile mais globalement acceptable pour le monde de l’entreprise tout en étant conscients du défi du recentrage vers les publics plus éloignés du marché de l’emploi que cela représente pour les entreprises.
Il s’agit toutefois d’un signal fort : la reconnaissance du rôle central du secteur privé comme moteur de l’emploi en Wallonie.