Accès à la puissance : un enjeu de compétitivité pour les entreprises wallonnes

Écrit par Caroline DECOSTER

19.05.2026

En cinq ans, les demandes de raccordement au réseau électrique ont été multipliées par six au niveau du transport local et par quatre au niveau de la distribution. Cette explosion, portée notamment par l'électrification de l'industrie, le stockage et le développement des activités numériques, sature aujourd'hui le réseau wallon et bloque déjà des centaines de projets d'investissement. Le Gouvernement wallon vient d'adopter en première lecture un avant-projet de décret porté par la Ministre de l'Énergie Cécile Neven, qui engage une réforme structurelle de l'accès aux réseaux. AKT for Wallonia soutient l'ambition pour que la réforme produise pleinement ses effets sur le terrain, tout en préservant la compétitivité des entreprises.

L’accès à la puissance électrique conditionne aujourd’hui directement la capacité des entreprises wallonnes à investir, à se développer et à décarboner leurs activités. Le système actuel, fondé sur le principe du premier arrivé, premier servi, conduit à des situations où des projets matures et stratégiques se voient compromis par des demandes à caractère moins certain. Le passage à une gestion plus stratégique de la capacité disponible répond donc à une demande forte du tissu économique.

AKT soutient en particulier : le souhait de mettre en adéquation les ambitions sociétales énergétiques avec les plans d’investissements réseau, la fin du principe du premier arrivé, premier servi, et l’allongement à dix ans de l’horizon des plans d’adaptation. AKT reconnaît également la nécessité pour les gestionnaires de réseau de proposer un raccordement flexible plutôt qu’un refus pur et simple lorsque la capacité est contrainte.

Que prévoit concrètement le texte ?

L’avant-projet de décret introduit plusieurs mécanismes nouveaux. Il met fin au traitement chronologique des demandes de raccordement au profit d’une répartition par grandes catégories d’usage, avec des règles de priorité distinctes. Il généralise et harmonise le raccordement flexible, qui pourra désormais être proposé pour le prélèvement, l’injection et le stockage lorsque la capacité du réseau est insuffisante. Il introduit également le profilage de puissance, qui consiste à attribuer la capacité de raccordement sous forme de profils horaires et saisonniers, et non plus comme une puissance constante, y compris pour les utilisateurs déjà raccordés disposant d’une puissance supérieure ou égale à 250 kVA.

Trois enjeux concrets pour la mise en œuvre

  1. Sécuriser les décisions d’investissement. Les entreprises engagent des projets qui s’amortissent sur dix à vingt ans. Elles ont donc besoin de règles claires, stables et publiques pour décider. AKT plaide pour que les critères de priorisation entre catégories d’usage soient prévisibles, soumis à consultation préalable des acteurs économiques, et harmonisés entre gestionnaires de réseau et, autant que possible, entre régions belges.
  2. Préserver la sécurité contractuelle des raccordements existants. Plusieurs dispositions, en particulier le profilage de puissance fondé sur la pointe historique, reviennent à modifier unilatéralement des contrats de raccordement existants. Cette méthodologie pénalise mécaniquement les entreprises engagées dans une trajectoire d’électrification, dont les besoins futurs dépasseront leur historique de consommation. AKT plaide pour un rééquilibrage vers une logique incitative, fondée sur la libération volontaire de capacité et un dialogue préalable sur les plans d’usage.
  3. Garantir la prévisibilité économique du raccordement flexible. AKT accepte le principe comme réponse de court terme, mais il ne peut devenir le mode normal de raccordement. Les entreprises concernées doivent disposer de limites contractuelles claires (volume, nombre d’activations annuelles), d’une compensation effective et proportionnelle au préjudice réel, et d’une visibilité sur l’horizon de bascule vers un raccordement ferme.

Une dynamique de co-construction à poursuivre

L’accès à l’énergie est l’un des facteurs de compétitivité les plus critiques pour les entreprises wallonnes. AKT salue l’ouverture au dialogue manifestée par la Ministre Cécile Neven et son cabinet dans la préparation du texte, et publiera dans les prochaines semaines une analyse plus complète à mesure de l’avancement du parcours législatif.