Chèques-entreprises : vers un dispositif plus lisible et impactant
Écrit par Daphné SIOR
11.02.2026
Les chèques-entreprises sont un levier pertinent pour aider les entreprises à accéder à du conseil, de la formation ou de l’accompagnement à coût réduit. Une réforme est en préparation en Wallonie. Si le dispositif n’est pas encore finalisé, ses grandes orientations sont désormais connues : simplification administrative, recentrage sur les besoins des bénéficiaires, amélioration de la qualité des prestations et pilotage renforcé. AKT salue cette ambition, tout en identifiant plusieurs points de vigilance pour garantir des effets concrets pour les entreprises.
Les grandes orientations se dessinent…
Les orientations évoquent un dispositif :
- Plus lisible et plus simple, avec une plateforme numérique centrale qui sera totalement revue et une application du principe only once, afin de limiter les doubles encodages et de fluidifier les démarches ;
- Davantage centré sur les besoins réels des entreprises, avec une logique de parcours intégré et un meilleur matching entre les besoins exprimés et les expertises mobilisables ;
- Plus exigeant sur la qualité, notamment via un encadrement plus structuré des prestataires, l’utilisation de référentiels de compétences et un suivi accru des prestations ;
- Mieux piloté, grâce à un renforcement de la gouvernance, du suivi et de l’évaluation ainsi qu’une attention accrue à la soutenabilité administrative et budgétaire du dispositif dans le cadre d’une réforme qui s’opère à budgets constants
Pour AKT, ces orientations constituent une base pertinente. Leur réussite dépendra toutefois de choix opérationnels précis, encore largement ouverts à ce stade.
… Les priorités d’AKT aussi
Simplifier vraiment (et faire gagner du temps)
Le premier critère de succès de la réforme est clair : réduire concrètement la charge administrative, tant pour les entreprises bénéficiaires que pour les prestataires. AKT soutient pleinement cet objectif « only-once » mais la digitalisation ne peut pas se traduire par un transfert de complexité vers l’utilisateur final. Si le bénéficiaire est appelé à introduire et suivre lui-même sa demande jusqu’au bout – ce qui va dans le sens d’une responsabilisation accrue – cela suppose impérativement la mise en place rapide d’une plateforme simple, intuitive et robuste.
Les procédures de paiement devront elles aussi faire l’objet d’une simplification accrue. Le dispositif doit être soutenable tant pour l’entreprise bénéficiaire que l’entreprise prestataire. Des retours de terrain montrent que des délais de paiement trop longs fragilisent l’écosystème. AKT recommande des modalités qui évitent l’effet « paiement tardif » en fin de parcours, surtout lorsque les prestations de conseil s’étalent dans la durée.
Mettre le bénéficiaire au centre… sans le coincer dans un parcours unique
Une orientation importante de la réforme est de renforcer l’implication du bénéficiaire dans l’introduction des demandes et le suivi de son parcours global. AKT y est favorable.
Mais un principe est fondamental : préserver la pluralité des voies d’entrée dans le dispositif. Un diagnostic ou une feuille de route réalisée par un opérateur d’accompagnement peut être utile dans certains cas, mais cela ne doit pas devenir une condition d’accès généralisée.
Qualité : plus de professionnalisation, avec des gardes-fous clairs
AKT soutient l’objectif de montée en qualité du dispositif :
- meilleure identification des expertises mobilisables selon des référentiels de compétences,
- amélioration du matching entre besoins des bénéficiaires et expertises des prestataires,
- mise en place de centres d’avis métier et de critères minimaux à respecter
Mais cette nouvelle mouture prévoit aussi une souplesse supplémentaire : en complément de la labellisation complète, une possibilité d’autorisation alternative via assimilation (reconnaissance et agréments) ou via procédure d’enregistrement simplifiée sera disponible pour des prestataires non labellisés.
AKT pose une ligne rouge très claire : la labellisation des prestataires doit être maintenue, à tout le moins pour les matières les plus techniques, sensibles ou à fort enjeu financier. Plus de souplesse dans certains cas, oui, mais pas au détriment de la fiabilité lorsque les conséquences pour l’entreprise sont importantes. Une clarification transparente des prestations qui seraient concernées par chaque régime et des critères associés à ces statuts est attendue.
Pilotage, transparence et impact réel
La réforme annonce un pilotage renforcé et des obligations accrues de reporting et d’évaluation. AKT y est favorable, à une condition : aller au-delà du suivi des volumes.
Nous insistons sur :
- la publication d’une répartition budgétaire claire (par type de chèque et profil d’entreprise),
- un suivi de l’impact concret des prestations,
- et une évaluation de leur effet de levier sur la trajectoire entrepreneuriale des bénéficiaires.
C’est à ces conditions que le dispositif pourra réellement être recentré sur ce qui crée de la valeur pour les entreprises et pour l’économie wallonne.
Des points encore ouverts et déterminants
Plusieurs paramètres clés doivent encore être clarifiés au fil des prochaines étapes. Ils feront la différence entre une bonne réforme et une réforme compliquée :
- La mise en œuvre d’une plateforme digitale capable de cibler les besoins des entreprises tout au long de leurs trajectoires de vie, et de simplifier les démarches en s’assurant d’une communication effective entre les différentes bases de données préexistantes
- La structuration et le périmètre des thématiques couvertes par les chèques-entreprises
- Les taux de subventionnement et leur éventuelle modulation, qui devront reposer sur des critères explicités et discutés
- L’équilibre final entre souplesse et garanties de qualité
AKT restera mobilisée pour que les choix finaux renforcent réellement l’efficacité du dispositif pour toutes les parties prenantes.