Conjoncture wallonne : les exportations résistent, l’industrie sur le fil
Écrit par Diane MUNEZERO
17.06.2026
Même si une trajectoire d’apaisement semble se dessiner en ce milieu du mois de juin, le conflit au Moyen-Orient a provoqué un nouveau choc énergétique mondial, le deuxième en moins de cinq ans. Selon l'enquête conjoncturelle menée par AKT auprès de plus de 250 CEO wallons, seules les perspectives d'exportation demeurent positives. Dans ce contexte, AKT rappelle l’urgence et l’absolue nécessité d’un redéploiement industriel en Wallonie.
Deux entreprises sur trois exposées au conflit
Ce choc est intervenu alors que les indicateurs s’amélioraient depuis la mi-2025. La croissance attendue en Zone Euro pour 2026 a été revue à la baisse, passant de 1,2% à 0,9%, et les prix de l’énergie devraient rester élevés à court terme.
Si ce choc apparaît moins brutal que celui de 2022, ses effets se font sentir dans la majorité des entreprises wallonnes. La hausse des coûts de l’énergie, du prix des matières premières et des coûts de transport pèse directement sur leur activité. Deux entreprises sur trois déclarent être exposées au conflit, ce qui entraine pour la majorité d’entre elles un impact négatif sur leurs marges ou leurs carnets de commandes, tandis que certaines envisagent de reporter certains investissements.
Une trajectoire d’apaisement accueillie avec prudence
Un protocole d’accord de paix a été signé ce lundi 15 juin, offrant une perspective crédible d’apaisement. La prudence reste de mise, au vu des évolutions volatiles constatées autour de ce conflit. Les entreprises, si elles bénéficient de ce signal positif, notamment via un relâchement des prix de l’énergie, restent prudentes. D’une part en raison du caractère toujours incertain de la pérennité de cette trêve, d’autre part par l’effet d’inertie du choc énergétique sur leurs coûts. Par ailleurs, la plupart des moteurs de croissance resteront sous pression au-delà de cette éventuelle fin du conflit.
Le marché intérieur s’essouffle
Les indicateurs du marché intérieur se dégradent. La confiance des consommateurs wallons recule pour le quatrième mois consécutif, et les intentions d’embauche se stabilisent.
Pour la première fois depuis 2022, les perspectives d’investissement des entreprises wallonnes redeviennent négatives : l’incertitude fiscale liée à la réintroduction de leviers fiscaux locaux sur les investissements productifs a envoyé un signal négatif aux entreprises.
Enfin, le soutien public à la croissance diminue progressivement, à mesure que les dépenses du plan de relance wallon arrivent à leur terme.
Les exportations, dernier moteur disponible
Alors que la consommation, l’investissement et l’emploi ralentissent, un indicateur reste nettement au vert : les perspectives d’exportation. Ces dernières apparaissent comme le principal moteur de croissance de l’économie wallonne. L’industrie manufacturière, qui en constitue le premier levier, joue donc un rôle plus stratégique que jamais pour assurer la prospérité de la région.
Dans ces conditions, la croissance wallonne ne devrait atteindre que 0,4% en 2026, nettement sous la moyenne attendue à l’échelle du pays (0,6%) ou dans la zone euro (0,9 %).
Quels enjeux pour les entreprises ?
Les coûts salariaux restent le principal handicap concurrentiel, cité par plus de deux tiers des répondants. La forte inflation impactera par ailleurs le niveau d’indexations des salaires.
D’autres facteurs de compétitivité préoccupent également les entreprises. La lourdeur administrative est aujourd’hui citée comme un frein majeur par près d’une entreprise sur deux. Les coûts de l’énergie préoccupent quant à eux une entreprise sur trois, contre une sur quatre il y a un an.
L’industrie, un enjeu existentiel
Après avoir absorbé une succession de chocs depuis 2022, la capacité de résistance des industriels atteint ses limites.
Si les leviers régionaux sont limités sur les coûts salariaux, la Wallonie doit agir là où elle a la main. Accélérer et simplifier les procédures de permis, garantir à l’industrie un accès à une énergie à un tarif compétitif et garantir un cadre fiscal propice aux investissement sont aujourd’hui des priorités pour préserver l’emploi et la croissance. Sans avancées concrètes sur ces dossiers, certains secteurs verront leur compétitivité continuer à se dégrader.
Frédéric Panier, CEO d’AKT : « Nos entreprises et nos industriels font preuve d’une résilience exceptionnelle. Crise énergétique, inflation, tensions géopolitiques : ils ont continué à investir, à exporter et à créer de l’activité. Mais ils arrivent aujourd’hui à la limite de ce qu’ils peuvent absorber seuls. L’enjeu pour les 12 prochains mois est donc majeur : il s’agira de transformer les intentions politiques en changements visibles sur le terrain. »