Réindustrialiser la Wallonie : la feuille de route d’Adrien Dolimont
Écrit par Corinne BODART
30.03.2026
Accélérer les décisions publiques, recréer les conditions de l’investissement et assainir les finances : telle est la feuille de route économique du Gouvernement wallon. Le Ministre-Président Adrien Dolimont défend une stratégie centrée sur la réindustrialisation et l’attractivité de la Wallonie. Avec une conviction : restaurer la confiance des entreprises en rendant l’action publique plus rapide et plus lisible.
Si vous deviez résumer en une priorité le projet économique de votre Gouvernement pour la Wallonie, laquelle serait-elle ?
La priorité est clairement la réindustrialisation. C’est le cœur du projet économique du Gouvernement.
Pour y parvenir, il faut garantir les conditions matérielles de l’investissement : foncier disponible, énergie et infrastructures adaptées. Dans l’accord de gouvernement, nous avons fixé un objectif clair : 1.500 hectares de friches industrielles prêts à accueillir de nouveaux projets.
Il faut aussi accélérer la mise en place des projets. Aujourd’hui, certains investisseurs attendent encore cinq à dix ans pour obtenir une réponse ou un raccordement. Ces délais ne sont plus acceptables et peuvent faire fuir des investissements.
Enfin, nous devons positionner la Wallonie dans plusieurs secteurs stratégiques européens : énergie, industrie décarbonée, technologies avancées ou défense, en travaillant étroitement avec le secteur privé.
La Wallonie cherche depuis plusieurs années à renforcer son attractivité économique. Quel est aujourd’hui, selon vous, son principal atout ?
Notre principal atout est notre position au cœur de l’Europe. Nous disposons d’infrastructures logistiques performantes qui permettent non seulement d’accueillir la production, mais aussi de la distribuer facilement à l’échelle européenne. Nous avons investi dans ces infrastructures. L’enjeu est désormais de les valoriser pleinement pour renforcer l’attractivité du territoire.
Et j’ajouterai que notre principale force est notre main d’œuvre et notre matière grise, l’un ne va pas sans l’autre. Nous avons des pépites que nous devons choyer, les encourager à rester sur notre territoire.
« Un projet ne peut pas passer plus de temps dans l’administration que dans sa construction »
Comment transformer cet atout en davantage d’investissements industriels en Wallonie ?
Le point essentiel est la rapidité et la clarté des décisions publiques. On ne peut plus accepter que des projets passent plus de temps dans l’administration que dans leur construction. On a parfois vu sept ans de procédures administratives pour un projet qui se construit ensuite en un ou deux ans.
Quand un projet n’est pas possible, il faut pouvoir le dire rapidement et expliquer pourquoi. Et lorsqu’il est possible, il faut pouvoir avancer vite. Pour un entrepreneur, une réponse rapide vaut toujours mieux que des années d’incertitude.
Sur le système de compensations liées aux taxes locales, votre Gouvernement a décidé, avec courage, de revoir la méthode de la réforme et de remettre le dossier sur la table. Pourquoi ce choix ?
À la base, ce système avait été mis en place pour soutenir le développement économique. Mais avec le temps, certaines dérives sont apparues, notamment dans la manière dont les compensations étaient réparties entre les communes.
L’idée de la réforme était donc de corriger ces déséquilibres et de remettre davantage de responsabilité au niveau communal. Mais en avançant, nous avons constaté que la méthode envisagée produisait elle-même des effets collatéraux qui n’avaient pas été suffisamment anticipés.
Dans ce cas, il faut être clair : Quand une décision ne produit pas les effets attendus, il faut avoir le courage de corriger.
Nous avons donc choisi de remettre le dossier sur la table et de retravailler la solution avec les acteurs concernés, afin d’aboutir à un système plus juste et plus cohérent avec une véritable politique de développement économique.
« Quand une décision ne produit pas les effets attendus, il faut avoir le courage de corriger»
Dans un contexte budgétaire contraint, comment continuer à soutenir l’investissement sans fragiliser les finances publiques ?
L’investissement public reste nécessaire, mais il doit être pertinent et efficace. L’objectif doit être que chaque euro investi ait un effet multiplicateur sur l’économie.
On a parfois vu des investissements publics qui font travailler des entreprises à court terme, mais qui n’apportent pas de réelle valeur sur le long terme. Je pense par exemple à certains équipements publics qui ont été financés et qui, quelques années plus tard, ne sont plus utilisés.
Nous devons donc mieux cibler les investissements publics et concentrer les moyens sur ce qui est réellement structurant pour le développement économique.
La Wallonie vise un retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2029. Pourquoi cet objectif est-il important ?
Parce que la soutenabilité des finances publiques est essentielle.
Aujourd’hui, la charge d’intérêts de la dette représente environ 700 millions d’euros par an. C’est un montant considérable. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente presque autant que certains budgets de politiques publiques. Par exemple, l’ensemble du budget de la mobilité dépasse à peine les 800 millions d’euros.
Nous ne pouvons donc pas continuer sur cette trajectoire. L’objectif est de revenir à un déficit soutenable pour limiter la croissance de l’endettement.
L’idée n’est pas de faire des coupes pour faire des coupes. Il s’agit de préserver notre capacité d’action à long terme et d’éviter qu’une situation d’austérité ne s’impose plus tard.